Crise russo-ukrainienne : quelles conséquences pour nos éleveurs ? Quelles solutions pour y faire face ?

Crise russo-ukrainienne : quelles conséquences pour nos éleveurs ? Quelles solutions pour y faire face ?

Depuis le 24 février dernier, le conflit armé russo-ukrainien impacte grandement les cours des matières premières des exploitations agricoles, déjà fortement déstabilisées depuis 2 ans avec le COVID et autres événements (maxi stocks en Chine, sécheresse en Amérique,...). Quelles conséquences pour les éleveurs ? Faisons le point avec nos experts techniques « stratégie-économie » INNOVAL.

Ukraine et Russie : 2 acteurs majeurs sur les marchés des grains, de l’énergie et de l’engrais.

L’Union Européenne est dépendante de la Russie sur le gaz et les engrais tout particulièrement. Par ailleurs, une grande part des approvisionnements européens en maïs et tournesol provient de l’Ukraine (56 %). L’effet sur les prix est évident, sur ce marché globalisé.

Les suites de la crise actuelle peuvent être multiples. Certains éléments semblent plus évidents. Le premier est l’insécurité dans les échanges en céréales. En effet, si les zones d’export sont hors d’accès, les marchandises ukrainiennes ne pourront être exportées. De plus, les mesures restrictives vers la Russie vont tendre un peu plus les marchés et diminuer la disponibilité en céréales.

Dès aujourd’hui, des fournisseurs d’aliments estiment que le tourteau de tournesol sera difficile à obtenir, et que par ailleurs le tourteau de colza, déjà en déficit, pourrait venir à manquer pour l’été par répercussion des compositions d’aliment. Certains envisagent déjà de se rabattre sur du tourteau palmiste, matière première non recommandée dans nos rations.

Face à cette situation, la sécurité énergétique des éleveurs doit être prioritairement assumée et assurée en autoconsommation. Le renchérissement de l’énergie et des engrais (quand ils seront disponibles) sera un autre facteur à prendre en compte pour prévoir les futures récoltes. Sans oublier de mentionner les graves sécheresses affectantes aujourd’hui toute une partie de l’Amérique Latine qui pèsent sur les cours des grains.

QUELLES SOLUTIONS POUR NOS ELEVEURS ?

Pâturer plus pour dépenser moins

Pour limiter les charges, valoriser en priorité ce qui est produit sur l’exploitation, et notamment les fourrages, est une première piste. Ce début de conflit intervient en fin d’hiver-début de printemps, une période favorable pour la pousse de l’herbe, optimiser sa gestion et maximiser sa valorisation sont donc à envisager. Le prix du carburant va impacter les coûts de mécanisation de récolte, l’herbe pâturée est et restera donc encore la solution la plus économique. Dans un contexte de prix du lait favorable, cela permet de maximiser la marge sur coût alimentaire.

Faire la chasse au gaspillage

Pour optimiser économiquement les rations, il est indispensable de bien s’assurer que les quantités préconisées dans la ration sont bien celles distribuées : Il est donc nécessaire de bien tarer ses équipements de mesure de distribution des concentrés pour ne pas surconsommer ni sousconsommer de concentrés (un manque d’azote dans une ration maïs entraine un gaspillage de l’énergie contenue dans l’ensilage).

La gestion des effectifs est également au coeur des préoccupations : gérer les mises à la réforme, élever le nombre de génisses nécessaires au renouvellement sans sureffectifs. Comme dit précédemment, le pâturage est la meilleure alternative aux achats de concentrés pour tous les lots. Il faut aussi savoir tirer parti des bons prix de réforme en finissant correctement la vache à l’engrais en 100% pâturage durant le printemps.

Concernant la fertilisation, bien que toujours utile, il est encore plus recommandé cette année d’utiliser des Outils d’Aide à la Décision pour piloter les apports de fertilisation minérale (https://www.arvalis-infos.fr : pouvoir fertilisant des produits organiques, date du premier apport sur prairies etc. et les services spécifiques d’innoval mes dron’images). L’élevage à la chance de bénéficier d’engrais organique, il faut en tirer le maximum pour limiter l’engrais minéral. Pour ce faire, les pratiques d’épandage pour limiter les pertes d’azote dans l’air ou le sol seront à mettre en oeuvre de manière indispensable : pendillards ou enfouisseurs plutôt que buse palette pour le lisier ; enfouissement dans les 6 heures pour limiter la volatilisation de l’azote ammoniacale ; dans le respect des conditions d’épandage. Votre conseiller agronomie culture peut vous accompagner pour optimiser vos pratiques

Revoir l’assolement à court terme pour engranger du maïs cet automne ?

Si les cours des protéines peuvent évoluer favorablement avec le soja américain, le risque est majeur sur les céréales. Même si la tentation est grande de vendre à prix d’or sa production, le risque est de devoir racheter du concentré énergétique/VL encore plus cher par la suite. L’autoconsommation est donc préconisée, avec ou sans stockage à la ferme selon les équipements disponibles. Même s’il faut payer des frais de séchage et/ou TAF à la coopérative ou au négoce, le prix devrait être plus faible qu’avec des aliments composés du commerce.

Economiser le carburant en déléguant certaines tâches ?

Les ETA ou CUMA sont équipées de matériels performants, souvent moins consommateurs de carburant que le matériel en propre avec des débits de chantier supérieurs. Lorsque le matériel est présent dans la cour, il faut l’utiliser, mais en cas de nécessaire renouvellement, la question doit se poser de déléguer certains travaux des champs. Les barèmes comparés des tarifs CUMA et du matériel en propre montrent un avantage économique sérieux à la délégation. Un accompagnement « stratégie de mécanisation » peut être pertinent à proposer pour calculer cela.

Raisonner des achats « Volume » pour diluer le coût

Que ce soit pour les concentrés, l’engrais ou le carburant, peu d’éleveurs sont maintenant couverts avec des contrats et les achats se font à prix fort. Afin de limiter ces coûts, il est envisageable de réaliser des commandes groupées avec les voisins pour maximiser les volumes livrés par site de livraison et ainsi diluer les coûts logistiques. Bien que du temps soit à passer, la mise en confrontation de différents fournisseurs peut aussi faire gagner quelques euros.

Ne pas raisonner sa stratégie à court terme, voir loin et ne pas changer de direction

A moyen-long terme, cette conjoncture permet de confirmer l’intérêt de viser l’autonomie énergétique et de raisonner sa stratégie d’entreprise en calculant les rapports coûts/gains de chaque investissement ou choix technique. Par exemple les opportunités d’acquérir du foncier à plus de 3 km de l’exploitation doivent être réfléchies en intégrant les surcoûts de carburant et de mécanisation liés à ces surfaces. Il faudra mettre en lien leur gain apporté. Raisonner en marge brute ne doit pas être la seule façon d’aborder cette opportunité. Pour la production laitière, la volonté absolue de réaliser tout son droit à produire coûte que coûte n’est pas toujours la solution la plus rentable.
Le fonctionnement d’une entreprise se raisonne sur du long terme avec un cap donné en termes de stratégie. Piloter à vue, c’est prendre le risque de déstabiliser un fonctionnement économiquement rentable et surtout être hasardeux dans un contexte très volatile. Le pilotage stratégique doit se faire en prenant en compte les marges de manoeuvre encore réalisables mais aussi en s’inscrivant dans une certaine continuité. Le pilotage de court terme peut cacher des effets non mesurés mais impactant pour l’avenir.

Pour aller plus loin :

L’équipe stratégie-économie INNOVAL avec ses consultants experts et ses conseillers d’élevage se tient à votre disposition pour échanger sur ces sujets et vous accompagner sur ces questions et sur votre réflexion globale.

Contact :
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